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Un voyage initiatique par le biais de l’art

Dernière mise à jour : 24 mars 2023

L’atelier de Jocelyn Akwaba Matignon est situé en plein Pointe-à-Pitre, dans l’une des rues commerçantes principales du centre-ville : la Rue Frébault. Laissez-moi vous dire que quand je marchais dans ces rues, enfant, dans l’agitation des derniers achats pour la rentrée des classes, je n’aurais jamais cru qu’il pouvait y avoir des endroits aussi paisibles tout proche.


Jocelyn Akwaba Matignon, artiste peintre en plein travail dans son atelier.
Bouton de direction vers les créations



Debout dans l’atelier de Jocelyn, je suis impressionnée par la hauteur sous plafond, qui l’autorise à exposer de grands formats, parfois de 3 mètres de haut. Une hauteur sous plafond qui rend son travail encore plus magistral.


Des voyages qui nourrissent son cheminement artistique


Jocelyn Akwaba Matignon s’inspire des observations qu’il a faites dans différentes parties du monde… Le symbole pour signer ses toiles est d’ailleurs un triangle, dont les sommets retracent les différentes étapes de son parcours artistique. Suivez-moi, je vous raconte.


Né à Pointe-à-Pitre, il grandit dans le Nord de la France. C’est en Europe que son périple artistique commence, en France et en Belgique, où il s'imprègne de la puissance des plus vieilles forêts d’Europe. Là, il s’est nourri de leur solennité, de leur rythme lent, de leur énergie. Il a rencontré l’esprit de la Terre, qui alimente alors sa recherche plastique, et qui l’incite à utiliser dans sa peinture des éléments naturels de la forêt.


Reprenant peut-être involontairement l’itinéraire du commerce triangulaire, le premier voyage de Jocelyn l’a conduit au Burkina Faso et au Bénin, où il a étudié les arts ancestraux, et toute leur symbolique pendant plusieurs mois. C’est sa rencontre avec l’esprit du masque. Il est parvenu à la conclusion que l’image du masque, venue de temps immémoriaux, reste bien actuelle et présente dans nos vies.


“Aujourd’hui encore, nous portons tous un masque. Qu’il s’agisse du masque que l’on revêt au travail, dans ses relations amoureuses, ou même en famille quelque fois.”

Quand Jocelyn m’énonce cette vérité, je la sens palpiter en moi… Que de fois ai-je pu constater que je ne réagis pas forcément de la même manière si je m’adresse à une amie, à un collègue ou à un voisin. Bien entendu, la société nous façonne et nous incite à nous comporter d’une certaine manière en fonction des circonstances. Très calme avec des inconnus, je peux devenir tout à fait volubile et enthousiaste si je suis entourée de ma famille. Et je suis certaine que je ne suis pas la seule dans ce cas. Rassurez-moi, ça vous arrive aussi… ?

Enfin, Jocelyn est revenu vivre en Guadeloupe en 2003. Il en a profité pour se rendre au Guatemala pour y puiser l’esprit amérindien. Plus particulièrement, l’héritage Maya.


Vous savez, l’une des civilisations les plus anciennes, riches, savantes à avoir existé en Amérique centrale. Elle a connu son apogée entre 200 et 900 après J-C.


“C’est la seule civilisation que les Espagnols n’ont pas réussi à éteindre. Les îles de la Caraïbe faisaient partie de l’empire Maya, ils les appelaient 'les îles du soleil levant'.”

En effet, jusqu’à aujourd’hui, des millions de personnes parlent des dialectes issus du langage Maya dans la région.


Depuis des années, le travail de Jocelyn s’inspirait de la cosmogonie Maya. En résidence artistique au Guatemala, il a pu se tenir au cœur de l’ancien empire. Il a alors trouvé une nouvelle impulsion en baignant dans la culture et la vibration de ces lieux. Des éléments physiques ont également alimenté son travail, de la cendre volcanique utilisée pour le fond des toiles par exemple. Le reportage en espagnol ici pour les plus curieux !


D’ailleurs, il y a toujours une roue de médecine Maya au centre de ses expositions, pour bien rappeler d’où lui vient son élan créatif, et pour créer une atmosphère propice à une quête d’apaisement, de tranquillité, de silence.


Vue de l'exposition au Séoul, avec la roue de médecine au premier plan
Exposition à la Korea Foundation Gallery, Séoul, en 2016

J’ai un ancêtre Caraïbe, mais je ne sais pas grand-chose de cette facette de mon identité. Il me semble qu’en Guadeloupe, elle est peu représentée, peu remémorée. Je ne connais que le site des Roches Gravées à Trois-Rivières qui soit en lien avec leur histoire.


Pourtant, il s’agit d’une pierre fondamentale de la culture Antillaise, puisque les Arawaks, des Amérindiens, étaient les tout premiers habitants de nos îles. C’est peut-être pour cela que la partie amérindienne du voyage de Jocelyn est celle qui m’a le plus touchée ?


Vue des livres sur les Mayas, dans l'atelier de Jocelyn Akwaba Matignon

Vous l’aurez compris, le travail de Jocelyn Akwaba Matignon est extrêmement documenté. Il se nourrit de toutes les influences de ses voyages, ses lectures. Il les digère par la méditation et la rêverie, mais surtout par la reprise systématique et méthodique des thèmes qui le touchent.


C’est pour cela qu’il y a autant de niveaux de lectures et de couches dans son travail. C’est comme éplucher un oignon, et c’est ce qui permet de découvrir à chaque fois un nouvel aspect, une nouvelle couleur.



Mais toujours, le Kioukan est présent.

Et là vous vous demandez de quoi il s’agit ? Kioukan, kézaco ?

Jocelyn vous en fait une introduction lui-même :




L’art comme questionnement métaphysique…


L’épouse de Jocelyn passe un moment avec nous, et on sent sa fierté quand elle parle de son travail. Elle me dit qu’il est capable de tracer son Kioukan d’une traite à main levée. C’est elle qui me fait remarquer que dans les œuvres de Jocelyn, cette entité symbolique, avec une tête en forme d'amande, est toujours présente.


Ce personnage est apparu à Jocelyn en rêve. Et il lui a révélé son nom lui-même : le Kioukan. Ce n’est que bien après que Jocelyn a compris le sens caché derrière ce nom :

  • Ki, c’est-à-dire Qui sommes-nous

  • Ou, pour demander Où allons-nous

  • Kan, pour tenir compte du passage du Temps, qui nous transforme


En fait, ce personnage montre à lui seul la quête de l’humanité… Nous avons toujours en nous ces questions de notre place dans le monde, de la mission que nous avons à accomplir. Toutes les civilisations se sont posé ces questions sur le sens de la vie, qu’on l’appelle “raison d’être” ici, “ikigai” au Japon, ou ”uso” chez les Indiens Navajos. Chaque peuple a créé ses propres repères et croyances pour expliquer ce que nous faisons sur Terre en tant qu’êtres doués de conscience.


“Chez les Indiens Navajos, quand un enfant vient au monde, on lui souhaite que ses pas marchent dans la beauté, quelque soit l’état du chemin qu’il aura devant lui.”

Et j’aime assez la vision de Jocelyn, qui a fait la synthèse de tout ce qu’il a appris lors de son cheminement physique entre les continents, et intellectuel en tant qu’artiste à temps plein !


“L’art c’est un cheminement. L’art est là pour nous aider à contempler, à prendre le temps. Pour nous aider à discerner la beauté du monde… Parce que l’art nous incite à nous arrêter, à regarder et à être dans l’instant. Regarder vraiment l’art, ou la nature par ailleurs, c’est faire taire notre mental qui parle sans arrêt.”

Lorsque Jocelyn dit ce mot de “mental”, plein de connexions se font dans ma tête : Les 4 accords toltèques, Le pouvoir du moment présent, L’Alchimiste… ces livres que j’ai lu pour essayer de vivre mieux et qu’on trouve au rayon développement personnel à la FNAC. Alors que toujours dans un musée, le silence se fait dans mon esprit.


Je dois admettre que j’adore cette vision de l’art comme un moyen pour l’humanité de faire deux choses essentielles à son épanouissement : premièrement, prendre le temps de contempler en silence, deuxièmement, regarder le monde à travers les yeux d’un autre.


J’ai même l’impression qu’il s’agit d’une forme d’humanisme, pas vous ? Si nous entrons dans l’univers d’un artiste, si nous regardons vraiment profondément ce qu’il cherche à exprimer et à quoi cela nous renvoie en tant que conscience, alors, je suis convaincue qu’on n’aura plus besoin de parler d’ouverture d’esprit… mais qu’on passera vraiment au stade de la compréhension de l’autre.



Mais l’art accessible tout de même !


En sirotant la boisson que m’a servie Jocelyn, "l'atoumo" (ou alpinia zérumbet), je respire plus paisiblement. Je m’enfonce dans le canapé et je sens une vague de bien-être s’installer sur mes épaules, comme quand on passe un châle pour une soirée un peu fraîche.


Le ressenti qui me reste de ma rencontre avec Jocelyn Akwaba Matignon, c’est surtout une immense sérénité. J’ai l’impression qu’il a trouvé les réponses à ses questions grâce à sa pratique artistique. Et il communique ses trouvailles à la personne qui l’écoute, en toute simplicité.


“Quand j’ai commencé, j’étais dans mon cheminement et je ne m’en rendais même pas compte. Le monde est un grand mystère que les artistes essaient de comprendre. Ils créent des fenêtres sur le monde.”

Mais ce n’est pas parce qu’on parle de “questionnement métaphysique” que l’art doit forcément être abstrait ou incompréhensible ! Je pense que l’art ne peut pas être réservé à une élite éduquée, qui dicterait comment se sentir en rencontrant une œuvre, sous prétexte qu’elle saurait à quel courant artistique participe la toile…


Et même si Jocelyn a suivi les Beaux Arts, même s’il peint depuis bientôt 30 ans, même s’il a exposé dans plusieurs pays, il reste convaincu que l’art doit avant tout se ressentir. C’est certainement pour cette raison que l’enseignement artistique aux enfants lui tient tellement à cœur.


Atelier dans une école primaire, sur le sol de la cour de récréation. Roue colorée à la main.
Atelier mené dans une école primaire en Guadeloupe
“L’art s’apprécie comme un coucher de soleil, pas besoin de quelqu’un au-dessus de votre épaule pour vous dire que les couleurs vont de l’oranger au violet, ou qu’il arrive qu’il y ait un rayon vert inattendu… Chaque toile émet sa propre vibration et la transmet au spectateur. Soit on est touché, soit on ne l’est pas.”

Et puisque Jocelyn nous parle de vibrations, je vous retranscris ici l’histoire incroyable qu’il m’a racontée. C’est un récit qui montre la puissance de l’art lorsque quelqu’un s’y plonge tout entier.


Une employée de maison travaillait chez un peintre renommé (dont nous tairons le nom ici, mais ce n’est pas Jocelyn). Elle voulait absolument lui acheter une toile, et économisait pour lui passer une commande. Le moment venu, une fois la toile installée chez elle, notre héroïne est tellement émue qu’elle décide de changer de canapé pour que sa nouvelle toile soit mieux mise en valeur. Une fois le canapé arrivé, elle se dit que les coussins aussi pourraient être changés. Et le tapis. Et la peinture. De fil en aiguille, elle refait tout son appartement ! Elle sent une nouvelle énergie l’habiter, elle a un regain d’enthousiasme dans son quotidien, à tel point… qu’elle rencontre un amoureux !


Cette histoire vous semblera peut-être niaise, c’est pourtant la vérité. Pure et simple. La vibration de cette toile a apporté quelque chose de nouveau dans l’environnement de cette femme, et elle a impacté toute sa vie.


“ Un livre, une musique, une peinture, ça peut changer la vie de quelqu’un. Parce que chaque œuvre, chaque toile a sa vibration. Et elles font résonner quelque chose en soi.”

A votre tour, est-ce que vous êtes prêts à accueillir une nouvelle vibration chez vous ?


 

Les oeuvres de Jocelyn Akwaba Matignon

Les vibrations du Kioukan





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